Témoignage recueilli par Célestin Ndong Ngoua
Les propos rapportés dans cet article engagent exclusivement leur auteur, M. Aloïse Nguema Nguema, et constituent un témoignage personnel recueilli par la rédaction. Les déclarations, souvenirs et confidences évoqués relèvent de son récit des faits et ne sauraient être présentés comme des faits historiquement établis sans vérification indépendante.
L’entretien récemment accordé par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à l’activiste gabonais Chamberlan Moukouama, au cours d’une partie de pêche dans le sud du Gabon, continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion nationale.
Cette interview a également ravivé des souvenirs chez certains anciens collaborateurs du Président Omar Bongo Ondimba. Parmi eux figure Aloïse Nguema Nguema, ancien proche du défunt Chef de l’État, qui a accepté de revenir sur plusieurs épisodes marquants de sa relation avec celui qui a dirigé le Gabon pendant plus de quatre décennies.
Selon son témoignage, l’un des moments les plus marquants de ses échanges avec Omar Bongo remonte à la période qui a suivi le décès de son épouse, Édith Lucie Bongo Ondimba.
« Lorsque je l’ai rencontré après cette disparition, je l’ai trouvé profondément affecté et très abattu », raconte Aloïse Nguema Nguema.
C’est au cours de cet entretien que le Président Omar Bongo lui aurait livré des confidences sur sa vision de l’avenir politique du Gabon et sur la question sensible de sa succession.
Selon Aloïse Nguema Nguema, le Président lui aurait déclaré que son ancienne épouse, Patience Dabany, avait réussi à modifier les plans qu’il envisageait pour l’organisation future du pouvoir.
D’après les confidences qui lui auraient été faites, Omar Bongo aurait initialement envisagé de voir André Mba Obame accéder à la présidence de la République tandis qu’Ali Bongo Ondimba exercerait les fonctions de Premier ministre.
L’idée, selon son récit, était qu’après une période de transition, André Mba Obame transmette progressivement le pouvoir à Ali Bongo.
Mais ce schéma aurait été remis en question.
Toujours selon Aloïse Nguema Nguema, Omar Bongo lui aurait expliqué que Patience Dabany, informée de cette orientation, aurait entrepris des démarches auprès de Guy Nzouba Ndama et d’Antoine de Padoue Mboumbou Miyakou afin de faire obstacle à ce projet.
Elle aurait notamment estimé que le choix d’André Mba Obame comportait des risques politiques et aurait fait référence aux précédents observés ailleurs en Afrique, notamment à travers les figures de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré.
Selon le témoignage recueilli, Omar Bongo aurait alors conclu :
« Elle va réussir son coup. Ali deviendra Président. Mais il quittera le Palais soit les pieds devant, soit il en sera chassé. »
LE MYSTÉRIEUX « TROISIÈME LARRON »
Au cours du même entretien, Aloïse Nguema Nguema affirme avoir interrogé le Président sur l’identité de celui qui pourrait un jour succéder à Ali Bongo.
Pensant à une personnalité influente de l’époque, il aurait proposé le nom du Général Idriss Ngari.
La réponse du Chef de l’État l’aurait surpris.
« C’est faux. Il y a un troisième larron », lui aurait répondu Omar Bongo.
Intrigué, il insiste pour obtenir davantage d’explications.
Le Président lui aurait alors déclaré :
« C’est quelqu’un qui porte le même nom que toi. »
Ne comprenant toujours pas, Aloïse Nguema Nguema poursuit ses questions.
Omar Bongo aurait alors ajouté :
« C’est mon aide de camp. Il sera en mesure de réparer les erreurs. Mais ne lui en parle pas et n’en parle à personne, au risque de vous faire du mal. »
Pour Aloïse Nguema Nguema, cette confidence faisait clairement référence à Brice Clotaire Oligui Nguema, alors aide de camp du Président de la République.
UNE CONFIANCE BÂTIE AU FIL DES ANNÉES
L’ancien collaborateur d’Omar Bongo évoque également un épisode illustrant, selon lui, la confiance que lui accordait le Chef de l’État.
À la suite du décès d’un parent d’Édith Lucie Bongo au Congo-Brazzaville, une réunion familiale aurait été organisée afin de déterminer si le Président devait personnellement se rendre aux obsèques.
Plusieurs proches s’y seraient opposés, estimant que le Gabon avait déjà apporté un important soutien financier à la famille endeuillée, notamment par l’intermédiaire du Général Idriss Ngari, porteur d’une contribution de 400 millions de francs CFA.
De plus, le pays traversait alors une période politique sensible marquée par les élections législatives.
Invité à donner son avis, Aloïse Nguema Nguema affirme avoir recommandé au Président de se rendre lui-même au Congo afin de soutenir sa belle-famille.
Sur le moment, Omar Bongo l’aurait blâmé.
Mais quelques instants plus tard, il aurait demandé à Mme Antoinette Ndo, responsable du protocole présidentiel, de préparer immédiatement son déplacement.
Deux semaines après son retour, le Président lui aurait exprimé sa satisfaction et l’aurait récompensé pour la pertinence de son conseil.
Pour Aloïse Nguema Nguema, cet épisode démontrait le niveau de confiance que lui accordait le défunt Chef de l’État.
LES PREMIERS ÉCHANGES AVEC OLIGUI NGUEMA
Après le décès d’Omar Bongo Ondimba, Aloïse Nguema Nguema affirme s’être rendu à la résidence de Brice Clotaire Oligui Nguema à la Cité de la Démocratie.
À cette époque, ce dernier exerçait toujours les fonctions d’aide de camp.
Il dit lui avoir confié son incompréhension face aux trajectoires politiques alors empruntées par Ali Bongo Ondimba et André Mba Obame.
« Je ne comprends pas pourquoi les deux frères battent campagne chacun de son côté », lui aurait-il dit.
La réponse d’Oligui Nguema l’aurait marqué :
« Ne les suivez pas. L’un ne peut pas faire sans l’autre. »
LES ANNÉES DE DOUTE
Lorsque survient l’affaire du supposé coup d’État impliquant le Général Ntumpa, Aloïse Nguema Nguema dit avoir vécu cette période avec une profonde inquiétude.
Voyant Brice Clotaire Oligui Nguema exposé dans ce contexte, il avoue avoir craint que certaines confidences du défunt Président n’aient été révélées.
Finalement, Oligui Nguema poursuivra sa carrière et sera successivement affecté au Maroc puis au Sénégal.
Au cours d’un séjour au Gabon, alors qu’Aloïse Nguema Nguema travaillait à la SETRAG, les deux hommes se seraient retrouvés à la gare de la SETRAG avant de poursuivre leurs échanges à la sandwicherie « Le Campagnard ».
C’est là qu’Oligui lui aurait lancé :
« Nguema Nguema, on nous a oubliés. »
Une phrase à laquelle il aurait répondu :
« Dieu fera grâce. »
DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE
De retour définitivement au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema est nommé Directeur Général des Services Spéciaux.
Aloïse Nguema Nguema affirme lui avoir adressé plusieurs notes et propositions concernant des missions sensibles.
Selon lui, les opérations concernées se seraient soldées par des réussites.
Il se souvient également d’un échange dans le bureau de celui qui n’était pas encore Président de la République.
En présence d’un collaborateur nommé Thierry, il lui aurait déclaré :
« Votre place n’est pas ici. Votre place est au sommet de l’État. »
Une affirmation que l’intéressé aurait accueillie avec modestie.
UNE AUDIENCE QUI SE FAIT TOUJOURS ATTENDRE
Devenu Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema et Aloïse Nguema Nguema se retrouvent à Oyem lors d’un dîner réunissant de nombreuses personnalités.
Selon son témoignage, le Chef de l’État l’aurait alors pris à part en compagnie de son grand frère Mebale et aurait demandé au colonel Bleck de procéder à un échange de contacts afin qu’une audience soit organisée au Palais présidentiel.
Mais cette rencontre n’aurait jamais eu lieu.
Aloïse Nguema Nguema affirme également que le colonel Bleck et le commandant Akringo Étienne l’auraient fait patienter sans suite concrète.
« Beaucoup de personnes qui étaient présentes ce soir-là pensent que j’ai déjà été reçu par le Président. Pourtant, ce n’est pas le cas », regrette-t-il.
Connaissant les usages du milieu présidentiel, il estime que lorsqu’un Chef de l’État donne une instruction à ses collaborateurs, celle-ci devrait être exécutée avec diligence.
UN MESSAGE D’ESPOIR POUR L’AVENIR
Malgré cette déception, Aloïse Nguema Nguema affirme conserver toute sa confiance dans les capacités du Chef de l’État à poursuivre son action.
À ses yeux, le cap a déjà été pris et plusieurs avancées sont perceptibles, même si de nombreux défis demeurent sur les plans social et économique.
Il garde notamment en mémoire une phrase que Brice Clotaire Oligui Nguema lui aurait confiée dans son bureau, bien avant son accession à la magistrature suprême :
« Dans ce pays, on n’aime pas quand on fait bien. »
Aujourd’hui, Aloïse Nguema Nguema estime que cette réflexion conserve toute sa pertinence.
Pour lui, l’histoire retiendra peut-être qu’au-delà des fonctions, des circonstances et des hommes, certains destins semblent parfois s’écrire longtemps avant de se réaliser.
