Suspension des Réseaux sociaux :Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ,le député qui a brisé le mur du silence numérique

Cinq mois. Plus de cent cinquante jours. Au XXIᵉ siècle, c’est une éternité. Pendant que le reste du monde débat d’intelligence artificielle, d’économie numérique et de souveraineté digitale, le Gabon semble avoir choisi une autre innovation : gouverner un pays connecté… sans réseaux sociaux.

Le plus fascinant n’est même plus la suspension elle-même. Le plus spectaculaire, c’est le silence qui l’entoure. Une mesure exceptionnelle devenue presque ordinaire, sans véritable débat public sur sa durée, ses objectifs ou les conditions de son éventuelle levée. Et puis, une voix a rompu ce confort institutionnel.

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a posé une question aussi simple que redoutable : comment peut-on défendre la suspension des réseaux sociaux… en continuant à les utiliser pour communiquer ? Une interrogation qui met en lumière une incohérence perçue par une partie de l’opinion : demander des sacrifices numériques aux citoyens tout en laissant subsister des usages institutionnels de ces mêmes plateformes. Pendant ce temps, une autre réalité s’installe dans une discrétion assourdissante.Une vue de l’assistance composée des auxiliaires de l’administration

Chaque jour où les réseaux sociaux restent inaccessibles, des commerçants perdent leur vitrine, des jeunes entrepreneurs voient disparaître leurs clients, des créateurs de contenus cessent de produire, des artisans renoncent à vendre, des influenceurs interrompent leurs activités et des milliers de travailleurs du numérique voient leurs revenus diminuer. Ce ne sont pas seulement des applications qui sont touchées ; ce sont des moyens de subsistance. On promet l’entrepreneuriat, mais on prive les entrepreneurs d’un de leurs principaux outils.

On célèbre la jeunesse, mais on fragilise une partie de son économie. On parle de transformation numérique, mais on roule avec le frein à main.

À force de vouloir contrôler la place publique numérique, le risque est de voir s’éteindre un écosystème économique qui, lui, ne bénéficie ni d’indemnités, ni de compensation, ni d’explications détaillées.

Le paradoxe est saisissant : le monde investit dans les plateformes numériques ; le Gabon débat encore de leur absence. Pendant que d’autres États cherchent à attirer les métiers du digital, ici, beaucoup se demandent simplement quand ils pourront reprendre leur activité.

La sortie de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi dépasse donc la simple polémique parlementaire. Elle remet au centre une question fondamentale : une décision exceptionnelle peut-elle durer sans évaluation publique, sans calendrier clairement annoncé et sans débat sur ses conséquences économiques et sociales ?

Car les chiffres de l’économie numérique ne se nourrissent pas de discours. Les petites entreprises ne paient pas leurs charges avec des communiqués. Les jeunes ne créent pas des emplois avec des promesses. Ils ont besoin d’outils, de visibilité et de confiance.

L’Histoire retiendra peut-être moins la suspension des réseaux sociaux que le coût de cette parenthèse pour l’économie numérique gabonaise. Dans un monde où la compétitivité se mesure aussi à la vitesse des connexions et à la circulation de l’information, chaque mois d’isolement numérique peut peser lourd.

Et la question demeure, lancinante : combien de temps encore le pays acceptera-t-il de regarder passer le train du numérique depuis le quai, pendant que le reste du monde est déjà à bord ?

La redaction

Basile Maurice Magnabouani,Journaliste Certifié, directeur de publication . Le Touraco Vert est un journal d'information numérique et indépendant 100% gabonais. Email : magnabouanibasile54@gmail.com Tél: 065888856

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