Actualité Pénitentiaire/Sablière-sur-Mer : quand la prison devient un spa cinq étoiles

Le 9 mai 2025. Dans un pays normal, cette date passerait inaperçue. Mais au Gabon post-Bongo, chaque déplacement d’un membre de l’ancienne dynastie vaut un éditorial. Ce jour-là, Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin ont changé d’univers pénitentiaire : fini les geôles incertaines, place à la villa douillette de la Sablière. Oui, assignés à résidence, mais avec pelouse tondue, piscine filtrée et domestiques discrets. La République a des manières, surtout quand il s’agit de ses anciens maîtres.

Le transfert intervient comme par enchantement, quelques jours seulement après l’investiture de Brice Clotaire Oligui Nguema. Une coïncidence ? Non, une chorégraphie. Car au Gabon, la justice est indépendante… mais danse souvent au rythme des intérêts politiques et diplomatiques.

Sylvia et Noureddin sont poursuivis pour corruption, détournement de fonds et blanchiment d’argent. Mais rassurez-vous : ils ne manquent ni d’eau potable, ni d’électricité, ni de Wi-Fi. La République veille. Il faut dire que les ONG, les ambassades et autres chantres des droits humains commençaient à trouver que les cellules tropicales manquaient de clarté. Et comme le nouveau pouvoir veut soigner son image, il offre un compromis : le confort sans la liberté.

Leurs avocats crient à la procédure viciée, à la détention illégale, à l’oubli du droit. Maître Gisèle Eyue-Bekale parle d’un dossier aussi fragile qu’un château de cartes face au souffle de l’État. Mais l’État, lui, assure que le dossier est « béton ». À ce stade, on se demande si c’est le même procès qu’ils regardent.

D’un côté, un clan qui se dit persécuté. De l’autre, une machine judiciaire qui dit vouloir rendre des comptes. Entre les deux, un peuple qui regarde, fatigué, lassé, affamé. Car pendant que les uns sont assignés à résidence, les autres sont assignés à survivre.

L’opinion publique ? Partagée entre sarcasme et résignation. « La vraie prison, c’est pour les voleurs de téléphones, pas pour les voleurs de milliards. » « Qu’ils soient enfermés au Ritz ou à Sans-Famille, c’est le même théâtre. » Les Gabonais n’y croient plus. À force d’avoir vu la justice tourner en rond, ils savent que la fin du film est souvent écrite avant même le début du procès.

Mais attention : cette résidence surveillée pourrait n’être qu’un sas avant une rédemption, ou un enterrement judiciaire en douceur. Car ici, les affaires brûlantes refroidissent vite sous les tapis des salons climatisés.

Une chose est sûre : en Sablière, il y aura du sable… mais pas encore de vérité.

La redaction

Basile Maurice Magnabouani,Journaliste Certifié, directeur de publication . Le Touraco Vert est un journal d'information numérique et indépendant 100% gabonais. Email : magnabouanibasile54@gmail.com Tél: 065888856

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