À Libreville, la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG SA) et ASSALA Gabon ont conclu un partenariat stratégique visant à organiser la collecte et la commercialisation des productions agricoles locales. Présentée comme un outil de soutien à la souveraineté alimentaire, l’initiative entend surtout s’attaquer à un point faible récurrent de l’agriculture gabonaise : l’accès durable aux marchés.
Signé dans un contexte de pression inflationniste persistante et de dépendance accrue aux importations alimentaires, l’accord concerne prioritairement les zones d’intervention d’ASSALA, notamment dans l’Ogooué-Maritime et la Ngounié. Il ambitionne de structurer, à une échelle encore peu expérimentée au Gabon, les circuits reliant producteurs ruraux et marchés urbains.
Un maillon historiquement défaillant
Malgré des politiques publiques volontaristes et l’implication croissante d’acteurs privés, l’agriculture gabonaise reste confrontée à une fragmentation de sa chaîne de valeur. Si les efforts de formation et d’appui à la production ont permis d’améliorer certains rendements, la question de l’écoulement des produits demeure largement non résolue.« Produire sans débouchés sécurisés limite l’agriculture à une logique de subsistance », a résumé Patrick M. Amvame Ndong, président du conseil d’administration de la SAEG SA, lors de la cérémonie de signature. Une analyse largement partagée par les acteurs du secteur, qui pointent des pertes post-récoltes élevées, un déficit logistique et l’absence de circuits commerciaux réguliers.
Le partenariat SAEG–ASSALA se positionne précisément sur ce segment. La SAEG s’engage à acheter les productions issues des coopératives accompagnées par ASSALA, à en assurer la logistique et à organiser leur commercialisation vers les centres urbains.
Un dispositif logistique structurant
Concrètement, l’accord prévoit la collecte des produits au niveau des bassins agricoles, leur transport vers Libreville, le regroupement des volumes et leur distribution via des circuits identifiés. Les marchés de proximité construits par l’État au PK8, à Oloumi et à Akanda constituent les principaux points de vente ciblés, en lien avec les associations de commerçantes.
Pour les promoteurs du projet, l’enjeu est double : sécuriser les revenus des producteurs tout en renforçant l’offre locale sur les marchés urbains, afin de contenir la hausse des prix alimentaires. Reste toutefois à mesurer la capacité du dispositif à absorber des volumes significatifs et à maintenir une régularité d’approvisionnement.
ASSALA, entre RSE et stratégie territoriale
Pour ASSALA Gabon, opérateur pétrolier historiquement implanté dans des zones rurales enclavées, le partenariat s’inscrit dans une logique de responsabilité sociétale élargie. Depuis plusieurs années, l’entreprise soutient des coopératives agricoles autour de ses sites, notamment à Gamba. Mais l’absence de débouchés structurés limitait l’impact économique de ces initiatives.
« Il ne suffisait plus d’accompagner la production », reconnaît le directeur général d’ASSALA Gabon, Edgar Mba Ognane. « Il fallait proposer une solution durable pour l’écoulement des produits, en cohérence avec les priorités nationales. »
Cette convergence entre secteur extractif, entreprise publique agricole et acteurs locaux est saluée par les partenaires techniques, dont l’IGAD, impliqué dans la formation et l’encadrement des producteurs. Selon son directeur général, la sécurisation des marchés pourrait inciter les exploitants à accroître leurs superficies cultivées et à professionnaliser leurs pratiques.
Un modèle encore à éprouver
Du côté des coopératives, l’accord suscite un espoir prudent. La prise en charge du transport et de la conservation des produits constitue un changement majeur pour des producteurs souvent pénalisés par l’éloignement géographique. « C’est une rupture pour les agriculteurs de l’intérieur du pays », estime Ida Engone Minkoué, présidente de la SCOOP agro-pastorale du Gabon.
La SAEG SA et ASSALA affichent l’ambition de faire de ce partenariat un modèle reproductible à l’échelle nationale. Des indicateurs de suivi ont été définis, portant notamment sur les volumes collectés, l’évolution des revenus agricoles et la création d’emplois ruraux.
Reste que la réussite du dispositif dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée, à maintenir des mécanismes de financement adaptés et à s’articuler avec les autres politiques publiques agricoles. Dans un pays où plusieurs initiatives similaires ont peiné à dépasser le stade expérimental, ce partenariat sera scruté comme un test grandeur nature de la volonté gabonaise de passer de la production à l’agro-économie structurée.
