Éditorial :Le pouvoir ne se cache pas à Londres , le défi de la Cinquième République gabonaise

Il est des phrases qui dépassent le cadre d’un simple discours politique. Elles deviennent une profession de foi, un engagement moral et, parfois, un rendez-vous avec l’Histoire.
En déclarant à Minvoul au Nord du Gabon : « Il n’y a plus à voler l’argent pour aller le cacher en Europe… Quand on est Président, on développe son pays… Je ne veux pas aller en exil après mon mandat », le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a pas seulement dénoncé une pratique qui a longtemps terni l’image de plusieurs États africains. Il a placé la barre très haut, pour lui-même comme pour l’ensemble de la gouvernance gabonaise.
Cette déclaration intervient dans un contexte singulier. Depuis les indépendances, l’Afrique a trop souvent connu des régimes où l’exercice du pouvoir s’est confondu avec l’accumulation de richesses personnelles. Combien de palais, de comptes bancaires, de villas luxueuses et de fortunes constituées hors du continent pendant que les populations continuaient de manquer d’eau potable, d’écoles, d’hôpitaux, de routes et d’emplois ? Combien d’anciens dirigeants ont choisi l’exil parce qu’ils ne pouvaient plus affronter le regard de leur propre peuple ?

Reconnaissance du Peuple

Le Président gabonais pose une autre équation : la meilleure assurance-vie d’un chef d’État n’est ni un compte bancaire dans un paradis fiscal, ni une résidence sur la Côte d’Azur ou dans un quartier huppé de Londres. C’est la reconnaissance de son peuple. Voilà une conception exigeante du pouvoir.
Mais cette ambition ouvre également une exigence de cohérence. La Cinquième République gabonaise ne sera pas jugée sur la force de ses déclarations, mais sur la profondeur de ses réformes. L’histoire politique de notre continent enseigne que les plus belles promesses perdent leur valeur lorsqu’elles ne se traduisent pas en actes.
La rupture annoncée le 30 août 2023 ne prendra tout son sens que si elle transforme durablement les pratiques de l’État. Cela suppose une justice indépendante, une administration exemplaire, une gestion transparente des finances publiques, des marchés publics attribués dans la clarté, une lutte sans faiblesse contre la corruption et une reddition régulière des comptes devant les citoyens.
Le patriotisme économique évoqué par le Chef de l’État doit devenir une politique publique. Il ne peut être réservé au seul Président de la République. Il doit engager les ministres, les directeurs généraux, les responsables d’entreprises publiques, les élus, les hauts fonctionnaires et tous les dépositaires de l’autorité publique. La crédibilité de la Cinquième République dépendra de cette exemplarité collective.
Cette exigence concerne également les élites économiques. Les capitaux gabonais doivent davantage financer les exploitations agricoles, les industries de transformation, les PME, les logements, les infrastructures, les universités, les centres de recherche et les innovations locales. Un pays ne bâtit pas sa souveraineté économique en exportant ses richesses pour importer ensuite son propre développement.

Contrat moral

La jeunesse gabonaise, qui a largement soutenu le processus de transition, attend aujourd’hui davantage qu’un changement de discours. Elle attend des emplois, des logements accessibles, une école performante, une formation adaptée aux besoins du marché et une véritable égalité des chances. C’est sur ces résultats que se construira la confiance dans les institutions de la Cinquième République.
L’opposition, quant à elle, a également une responsabilité historique. La démocratie ne se nourrit pas d’une contestation permanente, mais d’une capacité à proposer des alternatives crédibles, à contrôler l’action publique et à défendre l’intérêt général. Une majorité sans contrôle s’affaiblit ; une opposition sans projet se discrédite.
L’Afrique observe aujourd’hui le Gabon avec attention. Après la transition, après le Dialogue national, après l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’installation des nouvelles institutions, vient désormais le temps de l’épreuve décisive : celle des résultats. Les citoyens ne mesureront pas la réussite de la Cinquième République à la qualité des discours, mais à l’amélioration concrète de leur quotidien.
Les mots du Président résonnent donc comme un contrat moral. Ils engagent l’ensemble de la gouvernance. Ils rappellent que le pouvoir est une mission temporaire et non un patrimoine personnel.

Le peuple,denier arbitre

Au fond, l’Histoire est d’une redoutable simplicité. Elle oublie rapidement les dirigeants qui ont accumulé des fortunes. En revanche, elle retient durablement ceux qui ont construit des écoles, des hôpitaux, des routes, des universités, des logements, des institutions solides et une nation plus juste.
La Cinquième République gabonaise ne sera véritablement fondatrice que si elle fait du patriotisme économique, de l’intégrité publique et de la responsabilité devant les citoyens les trois piliers de la gouvernance.
Le plus grand héritage d’un chef d’État n’est pas ce qu’il possède à l’étranger. C’est ce qu’il laisse à son peuple.
Et c’est toujours le peuple, en dernier ressort, qui prononce le verdict de l’Histoire.

Célestin Ndong Ngoua,
Journaliste.

La redaction

Basile Maurice Magnabouani,Journaliste Certifié, directeur de publication . Le Touraco Vert est un journal d'information numérique et indépendant 100% gabonais. Email : magnabouanibasile54@gmail.com Tél: 065888856

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