À Libreville, la situation des résidents de la Cité CEI suscite une vive iinquiétude.Explications.
Des dizaines de familles, certaines installées depuis plus de vingt ou trente ans, sont aujourd’hui appelées à quitter leurs logements sans véritables garanties ni mesures d’accompagnement adaptées. Une décision qui provoque incompréhension, colère et profonde angoisse au sein des habitants.
Pourtant, la Cité CEI n’est pas un quartier quelconque. Elle représente une part importante de l’histoire administrative et sociale du Gabon. Cette belle cité a accueilli plusieurs générations de fonctionnaires gabonais ainsi que des expatriés ayant servi l’État. Elle demeure encore aujourd’hui un exemple de ce que devrait être une urbanisation moderne à Libreville : des espaces aérés, des infrastructures utiles aux populations et un environnement propice à la vie communautaire.
La cité dispose notamment d’un stade de football de nouvelle génération, devenu un véritable espace de développement physique et social pour la jeunesse du quartier et des environs. À cela s’ajoute une pompe publique qui alimente une large partie de la zone en eau, preuve que cette cité joue encore un rôle structurant dans la vie quotidienne des populations.
La responsabilité de l’ État en question
Contrairement à certaines comparaisons faites pour justifier cette opération, les bâtiments de la Cité CEI n’ont rien à voir avec ceux des Trois Quartiers ou du Camp de Police, dont l’état de décrépitude avancée avait nécessité des interventions lourdes. À la Cité CEI, plusieurs bâtiments répondent encore aux normes techniques et peuvent parfaitement faire l’objet d’une politique de réhabilitation moderne et progressive.
Une véritable politique de réhabilitation ne signifie pas forcément déguerpir des familles entières. Elle implique avant tout une rénovation concertée, un accompagnement social et une amélioration du cadre de vie des habitants.
Beaucoup de résidents s’interrogent aujourd’hui sur la responsabilité de la Direction Générale du Patrimoine de l’État, censée assurer l’entretien et la gestion de ces logements administratifs. Pendant des décennies, des prélèvements liés aux primes de logement ont été effectués sur les revenus des habitants. Une question revient donc avec insistance : où sont passés les fonds destinés à l’entretien de ces édifices ?
Au moment où plusieurs familles nourrissaient l’espoir d’une rétrocession progressive de ces logements à leurs occupants historiques, voilà que surgit une menace de déguerpissement brutal. Sans vouloir “fouiller dans les poubelles”, comme le disent certains habitants, il apparaît néanmoins nécessaire que l’État, à travers ses services compétents, reconnaisse sa part de responsabilité dans la dégradation progressive de certaines infrastructures.
Le Chef de l’Etat mal conseillé sur la question
Plus grave encore, de nombreux observateurs estiment que le Chef de l’État serait mal conseillé dans sa politique du logement. Une telle opération, menée sans mesures sociales fortes, risque d’accentuer le malaise populaire dans un contexte déjà sensible. Malgré la large victoire enregistrée lors de l’élection présidentielle de 2025, avec près de 95 % des suffrages, plusieurs citoyens estiment aujourd’hui que certaines décisions prises sur le terrain fragilisent le lien entre les populations et les autorités.
Les conséquences humaines des déguerpissements sont souvent dramatiques. Des cas de décès liés à des accidents vasculaires cérébraux (AVC), provoqués par le stress et les traumatismes sociaux des expulsions, ont déjà été signalés dans d’autres opérations similaires à travers le pays. Peut-on alors envisager une rénovation de la Cité CEI sans prévoir de véritables mesures d’accompagnement, de relogement ou d’indemnisation dignes ?
À ce jour, les habitants dénoncent l’absence de solutions concrètes. Une situation qui alimente le sentiment que certaines décisions administratives éloignent davantage le pouvoir des réalités sociales vécues par les populations.
Les résidents de la Cité CEI ne s’opposent pas au développement ni à la modernisation. Ils demandent simplement justice, dialogue, considération et humanité. Car derrière chaque logement menacé, ce sont des familles, des retraités, des enfants et toute une mémoire collective qui risquent d’être sacrifiés.
La question mérite donc d’être posée : faut-il détruire un patrimoine social vivant pour prétendre construire le Gabon de demain ?
C. N. N
