Le Touraco Vert :
1/ Qui est le Président du Syndicat des Magistrats du Gabon et depuis combien de temps êtes – vous à la tête du Syndicat ?
Président du Syndicat :
-Je suis Landry Abaga Essono, Magistrat de l’ordre administratif en service au tribunal administratif d’Oyem en qualité de Commissaire à la loi. Originaire de la province du Woleu – Ntem et issu de la tribu Ossesseigne de Bissok Centre, je préside le Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) depuis le 4 octobre 2024. Mon engagement syndical a débuté en 2016, année de mon adhésion et de mon élection au poste de Vice – président au côté de l’ancien Président Germain Nguema Ella. Bien que j’ai dû quitter cette fonction deux ans plus tard en raison d’une incompatibilité avec mes responsabilités administratives de l’époque, je suis demeuré un membre actif jusqu’à mon accession à la présidence en 2024.
Le Touraco Vert :
2/ Dites nous les relations que vous entretenez avec les Magistrats du Gabon y compris les juridictions sous tutelles ?
Président du syndicat :
– Mon election à la tête du syndicat témoigne de la confiance que la majorité des Magistrats a placé en ma personne et en l’ensemble des membres de mon bureau. Elle reflète également les excellents rapports confraternels que nous entretenons, empreints de respect mutuel. Je me sens investi d’une obligation de moyens envers tous mes pairs et m’efforce, autant que possible, de rester fidèle à ce mandat.
Le Touraco Vert :
3/Quels sont les grands axes prioritaires du Bureau depuis que vous êtes à la tête du syndicat ?
Président du syndicat :
– Le Bureau Exécutif que je préside a été élu sur la base d’un programme dont les axes majeurs s’articulent autour de la dignité du magistrat, du respect de l’indépendance de la justice et de l’équité. La dignité du magistrat est indissociable d’une amélioration concrète de ses conditions de vie et de travail. Dès notre élection, nous avons mis un accent particulier sur la signature des actes réglementaires venant en application de notre Statut. Ces outils sont indispensables pour rendre effectifs les avantages reconnus aux magistrats et permettre à leur statut de produire son plein effet. Alors que nous étions en grève depuis le 13 janvier 2025, le Gouvernement avait instauré un cadre de concertation qui aurait dû permettre à ce jour, l’application des mesures concrètes. C’est d’ailleurs l’existence de ce cadre qui nous avait conduit à suspendre notre mouvement le 25 mars 2025. Une année plus tard, nous sommes au regret de constater que les engagements n’ont pas été tenus. Les magistrats désapprouvent cette situation et dénoncent cette inertie.
Le Touraco Vert :
4/ Pouvez – vous nous faire un bref bilan des activités menées actuellement ? Votre relation avec le Ministère de la justice ?
Président du syndicat :
– En tant que partenaire social et force de propositions, notre syndicat a soumis aux autorités, dès le début de l’année 2026, un cadre de réflexion stratégique. Ce document présente les politiques publiques indispensables à l’avènement d’une justice digne et indépendantes sous la V ème République, conformément aux orientations prônée par le Président de la République. Nos propositions s’articulent autour de deux piliers majeurs : Le premier volet porte sur un ensemble de mécanismes concrets visant l’amélioration substantielle des conditions de vie et de travail des magistrats. Nous considérons que l’indépendance de la justice est indissociable de la sécurité matérielle de ceux qui la rendent. Le second volet concerne l’instauration d’un programme national d’information et d’éducation juridique. Ce dispositif a pour vocation d’irriguer l’ensemble du corps social jusque dans ses contrées les plus reculées afin d’instruire nos populations sur les lois de la République. Pour le Bureau Exécutif, cette acculturation juridique est une nécessité démocratique absolue. Parallèlement à ces réformes, le SYNAMAG œuvre activement à l’institution d’une journée dédiée aux magistrats. Dans ce contexte de transition institutionnelle, cet événement répond à un triple impératif : valoriser le rôle central du magistrat dans la cité ; renforcer l’unité du corps judiciaire ; créer un pont entre la justice et le citoyen. Bien que d’autres chantiers soient en préparation, ils ne nous détournent en rien de notre combat prioritaire : l’obtention d’un cadre de vie et de travail digne pour chaque Magistrat. Si nous formulons l’espoir que ces propositions inspirent le Gouvernement, nous déplorons que l’action de l’Exécutif demeure à ce jour, trop timide face à l’urgence des enjeux.
Le Touraco Vert :
5/ Que pensez – vous des politiques publiques judiciaires actuelles ?
Président du syndicat :
– Si les politiques publiques de ce département ministériel avaient été clairement définies, nous aurions pu y apporter notre contribution technique. A ce jour, nous en venons à nous interroger sur la compréhension même qu’a Monsieur le Ministre de sa feuille de route. Force est de constater que la mise en œuvre de sa mission ne répond à aucune ligne directrice lisible. Son action, dépourvue de proactivité, s’inscrit d’avantage dans la réaction systématique que dans l’impulsion de réformes structurelles. Le bilan des «100 jours » de l’action gouvernementale qui aurait dû être le moment privilégié pour fixer un cap et tracer une trajectoire, s’est révélé être une occasion manquée. Nous déplorons ce manque total de visibilité et de cohérence. Rien dans l’exécution actuelle ne laisse présager une réforme tournée vers l’efficacité ou une amélioration concrète de l’existant. Bien qu’il soit d’usage d’accorder le bénéfice du temps, nous restons convaincu que si un projet structurant et bénéfique pour le corps judiciaire était réellement en gestation, nous en aurions déjà perçu les prémices.
Le Touraco Vert :
6/ Votre mot de fin ?
Président du syndicat :
– La suite de ce constat de carence dans la lisibilité des politiques judiciaires, le Bureau Exécutif du SYNAMAG tient à rappeler une règle élémentaire de gouvernance : le rôle d’un gouvernement est de traduire en actes le programme pour lequel le Chef de l’État a été plébiscité. La Justice étant un secteur névralgique de la Nation, il est impératif que les politiques publiques y soient audibles, cohérentes et ambitieuses. La navigation à vue doit être proscrite au profit de l’efficacité de l’action publique. Force est de constater que, de la période de transition à nos jours, le compte n’y est pas. Seuls les discours et les promesses alimentent encore les débats, sans traduction concrète sur le terrain. Pourtant, aucun autre corps de l’État n’a été autant exposé aux projecteurs et à la critique que la magistrature. Ces critiques, les magistrats les assument avec humilité, car ils savent reconnaitre leurs erreurs et pratiquer l’autocritique.
Propos recueillis par Ghislain Makombaza
