« Quitter les affaires avant que les affaires ne vous quittent. » Cette maxime lapidaire conclut une déclaration officielle explosive d’un collectif de « nouveaux leaders » musulmans, qui met en accusation Abdur-Razzaq Guy Kambogo et son équipe au Conseil supérieur des affaires islamiques (CSAI). Exigeant des démissions immédiates, le texte dépeint un leadership en lambeaux, miné par scandales et divisions, et appelle à un sursaut communautaire.
L’indignation couve depuis 2024, année de l’ascension de Kambogo. Vision stratégique ? Zéro. Projets concrets pour les fidèles ? Aux abonnés absents. Le collectif énumère les faits : charte falsifiée, résolutions congressistes bafouées, billets de pèlerinage monnayés pour des poches privées. Sans oublier les bras de fer dans les mosquées – Akournam 2, Koulamoutou, Lalala, Makokou –, où des nominations contestées virent au pugilat, comme à Makokou avec l’intervention musclée de Mahamat Adamou Golfinger, novice en sciences islamiques.
Au cœur du chaos : Touré Moussa, ce Secrétaire adjoint congolais qui règne en absentéiste depuis 2019. Nominations illégales, faux cachets, extorsions de fonds… Son parachutage comme « conseiller itinérant » par Kambogo sonne comme une gifle à la communauté. L’arrestation du Grand Imam de Koulamoutou, vents contraires à la justice islamique, et la vente furtive de terrains communautaires achèvent le tableau. Cerise noire : le sabotage d’un complexe socio-éducatif approuvé par le Palais du Bord de Mer.
Piqué au vif par la contestation, Kambogo joue les unitaires. Trop tard, rétorque le collectif, qui y voit un « levier politique » pour berner Oligui Nguema. Cibles nommées : Kambogo, Moamadou Tidjani Babagana et Abdul-Salam Moussavou Moussavou Achille, priés de dégager pour « incompétence notoire ». Boycott des réunions du Grand Libreville recommandé, au profit d’une refondation éthique.
Dans un Gabon où l’islam gagne du terrain – 200 000 fidèles recensés, boostés par l’immigration ouest-africaine –, cette crise interroge le rôle du CSAI, subventionné par l’État. Liens avec le pouvoir en place ? Instrumentalisation post-2023 ? Le silence de Kambogo alimente les spéculations. Des imams contactés par *Gabonreview* parlent d' »humiliation générale » et d’urgence à purger les « bandits institutionnels ».
La balle est dans le camp des autorités religieuses et étatiques. Une médiation ? Une commission d’enquête ? Ou une implosion qui profiterait aux extrémistes ? La communauté, elle, veut tourner la page : compétence, transparence, et mosquées paisibles. L’appel du collectif, déjà viral, pourrait bien forcer la main.
Ali Mako
